Ubisoft s’effondre en Bourse : - 40% en une seule séance
Ubisoft décroche de 40% en Bourse en une séance : le titre plonge après une série d’annonces qui inquiète les investisseurs.
Alexandre Plunian
Ubisoft a vécu l’une des pires journées de son histoire en Bourse. Le titre du géant français du jeu vidéo a décroché de -39,83% en une seule séance et est tombé sous la barre des 4 euros par action. C’est, de loin, la plus forte chute journalière de son histoire. Elle dépasse même l’ancien “record” du 13 octobre 2013 (-27%).
Cette chute est d’autant plus symbolique qu’un cours autour de 4 euros n’avait plus été observé depuis novembre 2011. Et elle s’inscrit dans une tendance beaucoup plus longue : le cours baisse depuis juillet 2018 et affiche environ -95% sur 5 ans. Ubisoft passe ainsi de l’un des investissements les plus rentables du début des années 2000 à un véritable trou d’air boursier.
D’un champion à 7 milliards à une valeur boursière divisée
Ubisoft a longtemps évolué dans une fourchette de 50 à 100 euros entre 2017 et 2021, avec un record de prix atteint en juillet 2018. Quand Vivendi a renoncé en mars 2018 à son projet de rachat, Ubisoft valait environ 7 milliards d’euros. Huit ans plus tard, l’entreprise ne vaut plus que 557 millions d’euros.
La dégringolade, elle, s’est installée au fil des années : des sorties moins marquantes, une impression de manque d’innovation et des performances commerciales jugées décevantes ont progressivement érodé la confiance des actionnaires. Autant de facteurs qui poussent les particuliers à reconsidérer dans quoi investir en 2026.
Le déclencheur : une “refonte majeure”
Le marché a violemment réagi après l’annonce d’une “refonte majeure” de l’organisation, présentée comme une transformation pour “produire des jeux d’une qualité exceptionnelle” et créer les conditions d’un retour à une croissance durable.
Concrètement, Ubisoft prévoit une organisation décentralisée (à partir d’avril), structurée autour de cinq pôles spécialisés par genres. Chaque pôle porterait à la fois la responsabilité créative (de la conception à la mise sur le marché) et la responsabilité financière.
Mais cette promesse de “nouveau cycle” s’accompagne d’un coût immédiat très lourd et c’est surtout cette information que les actionnaires ont retenu. Cela va jusqu’à radicalement impacter tous les profils d’investisseurs privés et particuliers, avec une tendance de plus en plus marquée pour plutôt investir dans l’uranium ou encore miser sur des bot de trading.
Six jeux annulés et sept allongements de délais
La réorganisation s’accompagne d’une annulation de six jeux en cours de développement, dont le remake de Prince of Persia : Les sables du temps. Les cinq autres projets ne sont pas encore connus et alimentent des inquiétudes en interne.
Le groupe indique que les équipes touchées seront redéployées ou pourraient faire l’objet de licenciements. En parallèle, sept autres projets voient leur calendrier de développement allongé.
650 millions de dépréciations et 1 milliard de déficit
Le point le plus explosif pour les investisseurs, c’est l’ampleur du choc financier annoncé :
650 millions d’euros de dépréciations d’actifs (liées aux annulations et aux délais)
et surtout un déficit opérationnel d’environ 1 milliard d’euros sur l’exercice fiscal en cours
Autrement dit : le marché ne voit pas seulement une réorganisation, il voit une réorganisation qui officialise un trou d’air massif et repousse la perspective d’un retour rapide à une situation financière plus confortable.
Troisième plan financier et tensions en interne
Ubisoft engage également un troisième plan de réduction de coûts, de 200 millions d’euros sur deux ans. Fermetures de studios et plans de départs sont au programme.
À cela s’ajoute le retour au 100% présentiel, qui, selon des élus syndicaux, n’aurait pas été abordé lors de la présentation au CSE. Dans les équipes, l’ambiance est décrite comme extrêmement tendue, avec un risque de départs de profils seniors sur lesquels reposent des projets clés.