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L'État peut-il prendre votre argent en cas de guerre ? Réponses d'experts

L’État peut-il vraiment saisir votre épargne en cas de guerre ? Comptes bancaires, retraits, restrictions : ce que dit la loi en France.

Alexandre Plunian
Publié le
Mis à jour le
Banque de France et état français
Banque de France

Quand des tensions géopolitiques apparaissent et que l’économie vacille, une inquiétude revient dans les conversations : en France, l’épargne est-elle vraiment “intouchable” ?

Entre la dette publique qui est sous la pression, l’instabilité des marchés financiers suite aux annonces de Donald Trump et les rumeurs qui circulent à toute vitesse, certains finissent par imaginer le pire : un État qui viendrait se servir directement sur les comptes des citoyens.

La réalité est plus nuancée et c’est précisément ce qui rend le sujet important. En France, le droit de propriété est encadré par la Constitution et par les textes européens. Pour autant, face à une situation exceptionnelle, l’État pourrait avoir recours à certains outils de crise : restrictions temporaires sur les mouvements des capitaux, mesures fiscales extraordinaires, blocage temporaire des comptes bancaires..

Alors, jusqu’où peut aller l’État en cas de guerre ? Qu’est-ce qui relève du fantasme, qu’est-ce qui est juridiquement possible et quels scénarios sont réellement plausibles ? Réponses d’experts.

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Le cadre légal : ce que l’État peut (et ne peut pas) faire 

En France comme dans l’Union européenne, le droit de propriété est un principe fondamental. En temps normal, l’État ne peut pas décider arbitrairement de prendre l’argent sur vos comptes.

En cas de crise, l’objectif des autorités peut devenir la stabilité du système. Et là, certains leviers existent :

  • Assurance-vie : possibilité de gel temporaire des rachats et des retraits, si la stabilité financière est menacée.

  • Mesures exceptionnelles possibles : impôts temporaires, restrictions ou limitations temporaires sur les retraits / mouvements de capitaux, pour éviter une panique ou un effondrement du système monétaire.

Ces leviers sont mentionnés par la loi Sapin 2 qui existe depuis 2016 et dont le rôle est de lutter contre la corruption, de renforcer la transparence et de moderniser la vie économique.

En cas de faillite bancaire, vos dépôts sont couverts jusqu’à 100 000 € par personne et par banque. Les produits concernés sont le compte courant, les livrets bancaires et les comptes d’épargne.

Que peut faire l’État face à une crise ou à une guerre ?

Dans une crise systémique (guerre, panique bancaire ou choc financier), l’objectif n’est pas forcément de “prendre” l’argent des épargnants, mais de préserver la stabilité du pays : éviter une fuite massive des capitaux, empêcher l’effondrement d’une banque ou financer un effort national. Dans ce cadre, plusieurs mesures exceptionnelles existent, même si elles restent rares :

1 - Blocage ou limitation temporaire des comptes

Le scénario le plus crédible n’est pas la confiscation, mais le rationnement de l’accès : plafonds de retrait, virements ralentis, fermeture temporaire des agences et limites sur les paiements.

👉  Objectif : éviter un bank run (panique bancaire) et donner du temps au système pour respirer.

2 - Prélèvement exceptionnel

Dans certains cas, les autorités peuvent imposer une participation des créanciers d’une banque lorsque l’établissement est en situation critique.

👉 Objectif : ce type de mesure vise surtout les montants non couverts par les garanties classiques (souvent au-delà de 100 000 €).

3 - Contrôle des capitaux

C’est un levier de crise connu : restrictions sur les virements internationaux, plafonds de transferts, justificatifs renforcés, etc.

En 2015, la Grèce a connu une situation similaire avec des retraits limités pour limiter la fuite des capitaux. 

4 - Réquisitions et nationalisations ciblées

En cas de guerre, la priorité peut devenir la continuité des services essentiels. L’État peut alors réquisitionner des moyens de production, orienter des entreprises vers des besoins stratégiques, voire prendre le contrôle de certains secteurs (énergie, transport, défense, télécoms…).

👉 Ça touche d’abord l’économie réelle, mais cela peut avoir des conséquences indirectes sur les marchés, les investissements et l’emploi.

5 - Inflation et perte de pouvoir d’achat

Même sans toucher à votre épargne, une crise peut provoquer une hausse rapide des prix : votre argent reste sur le compte, mais vaut moins à cause de l’inflation.

Comment protéger son épargne en cas de crise ?

L’objectif n’est pas de sortir de la France, mais de ne pas dépendre d’un seul pays, d’une seule banque, ni d’un seul type d’actif : 

  • Compte en Suisse : hors zone euro et utile pour diversifier une partie de sa trésorerie.

  • Compte au Luxembourg : écosystème financier solide et intéressant pour répartir le risque entre établissements.

  • Assurance-vie luxembourgeoise : souvent choisie par les épargnants français pour faire sortir en dehors de la France (surtout s’agissant d’une assurance vie en fonds euros).

  • Or physique : valeur refuge et accessible même en cas de guerre

  • Immobilier : actif tangible et plus résistant sur le long terme (mais peu liquide)

  • Bitcoin : il permet de transférer de la valeur rapidement et sans dépendre d’un réseau bancaire

❗️ Attention : aucune solution n’offre une immunité totale ! Mais en répartissant son patrimoine sur plusieurs juridictions et plusieurs actifs, on réduit fortement le risque que tout soit impacté par une seule crise ou une seule décision politique et on peut épargner efficacement.

Ce qu’il faut retenir

L’idée que “l’État peut prendre votre argent” revient à chaque période de tension. Et comme souvent, la réalité se situe entre deux extrêmes : non, l’épargne des Français n’est pas une caisse ouverte en temps normal, car la propriété privée et le système bancaire sont encadrés. Mais oui, dans une crise majeure, les autorités disposent de leviers pour protéger le système : limitation temporaire de l’accès à la liquidité, restrictions de capitaux, mesures fiscales exceptionnelles… Des décisions rares, mais déjà observées dans l’histoire.

La bonne approche n’est donc pas la peur, mais la diversification de l’épargne et des investissements : éviter de concentrer tout son capital au même endroit, dans une seule banque, une seule devise ou sur un seul et même support. Diversifier géographiquement (Suisse et Luxembourg), équilibrer entre actifs financiers et tangibles (or et immobilier) et éventuellement intégrer une poche d’actifs plus volatils comme Bitcoin.

FAQ - Ce qui peut vraiment arriver à notre épargne en cas de guerre

Questions fréquentes

  • Est-ce que l'État peut prendre l'épargne des Français en cas de guerre ?

    Non ! En France, l’État ne peut pas “prendre” librement l’épargne des Français du jour au lendemain. En revanche, en situation exceptionnelle, il peut activer des mesures encadrées par la loi. Cela peut passer par des réquisitions ciblées, des restrictions temporaires sur certains mouvements de capitaux, ou des décisions fiscales et budgétaires renforcées. Dans les faits, le risque le plus réaliste n’est pas une confiscation générale, mais plutôt une combinaison de contraintes et de règles plus strictes, selon le niveau de crise.

  • Que deviendront les banques si nous entrons en guerre ?

    Si la France entre en guerre, les banques continuent généralement de fonctionner, mais avec des ajustements. Le scénario le plus courant, en cas de forte tension, repose sur un contrôle accru des flux financiers, des plafonds de retraits temporaires, ou des délais allongés sur certaines opérations. Le système bancaire est aussi encadré par des mécanismes de protection et de supervision, mais en période de choc, la fluidité peut diminuer. Le point clé, c’est que la guerre ne signifie pas automatiquement “banques fermées”, mais plutôt “banques sous pression et sous règles renforcées”.

  • L'État a-t-il le droit de prendre mon argent en cas de guerre ?

    Oui et non. Le mot “prendre” est trompeur, car il laisse croire à une confiscation automatique. En réalité, l’État peut imposer certaines mesures exceptionnelles si elles sont prévues par le droit et justifiées par une situation grave. Cela peut concerner des réquisitions, des restrictions temporaires, ou des dispositifs financiers d’urgence. Mais ces décisions ne sont pas illimitées, elles doivent être encadrées, motivées et applicables selon un cadre légal précis.

  • L'État peut-il ponctionner les comptes bancaires en cas de guerre ?

    Non, une ponction directe et généralisée sur tous les comptes bancaires reste très improbable dans un pays comme la France. En revanche, il existe des leviers indirects qui peuvent avoir un impact similaire sur le ressenti des ménages. Par exemple, un durcissement fiscal, une mobilisation de l’épargne via des dispositifs spécifiques, ou des restrictions sur les retraits et virements. Le risque le plus réaliste n’est pas “on vide votre compte”, mais plutôt “on limite, on contrôle, et on réoriente”.

  • Comment puis-je protéger mon argent en cas de guerre ?

    La meilleure protection repose sur la diversification et la liquidité. Il est souvent recommandé de ne pas mettre 100 % de son patrimoine au même endroit ni dans une seule devise. Il est aussi utile de conserver une part d’argent accessible rapidement pour les dépenses essentielles, tout en évitant de tout sortir en cash, ce qui augmente les risques de perte ou de vol. L’objectif est de réduire les points de blocage possibles, et de conserver des options si la situation se dégrade.

  • Quel est l'endroit le plus sûr pour conserver son argent en temps de guerre ?

    Il n’existe pas un endroit parfait, seulement des solutions avec des compromis. Les comptes bancaires restent pratiques pour payer et recevoir de l’argent, mais peuvent être soumis à des restrictions temporaires. Le cash est immédiat, mais risqué à conserver en grande quantité. Certains choisissent aussi des actifs physiques faciles à stocker, ou une répartition sur plusieurs établissements. En résumé, le plus sûr, c’est souvent de ne pas dépendre d’un seul “endroit”.

  • Où mettre son argent en dehors de la France ?

    Mettre son argent à l’étranger peut réduire certains risques, mais ce n’est pas une solution magique. Il faut considérer la stabilité du pays, la solidité du système bancaire, la devise, et surtout les obligations déclaratives françaises. Dans l’Union européenne, les transferts sont généralement plus simples, mais des contrôles peuvent exister en situation de crise. Hors UE, la protection peut être différente, mais les contraintes administratives et les risques juridiques peuvent aussi augmenter.

  • Quel est le meilleur placement en temps de guerre ?

    L’or, les liquidités de sécurité et des placements très défensifs (comme certains fonds monétaires, comptes à terme ou obligations de qualité) sont souvent cités parmi les meilleurs choix en temps de guerre. Ensuite, tout dépend de votre situation : horizon, besoin d’accès rapide à l’argent, et capacité à encaisser la volatilité. L’idée n’est pas de “parier” sur un seul actif, mais de privilégier ce qui reste solide, liquide et résilient quand l’incertitude explose.

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Passionné par l'économie, la finance et l'investissement, j'ai créé Le média de l'investisseur afin de partager mes connaissances et démocratiser l'investissement.

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