Minerais critiques : Washington veut imposer des prix plancher pour contrer la Chine
Minerais critiques : Washington envisage des prix plancher pour contrer la Chine. Objectif, secteurs visés et impact sur marchés.
Alexandre Plunian
Les États-Unis veulent changer les règles du jeu sur les minerais critiques : plutôt que de subir les prix dictés par la surcapacité et la domination chinoise sur le raffinage, Washington pousse la création d’un bloc commercial entre pays partenaires capable de coordonner des prix minimums.
L’Union européenne et le Japon se sont déjà positionnés et une signature est évoquée sous 30 jours.
L’objectif est de réduire la dépendance à la Chine et remettre en marche les investissements dans des chaînes d’approvisionnement. Et alors que Christine Lagarde a annoncé un boom des investissements dopés par l’IA, le bras de fer sur les minerais critiques prend une dimension encore plus stratégique pour l’industrie et la souveraineté européenne.
Ce qu’il faut savoir
Le 4 février 2026, le vice-président américain JD Vance a présenté un projet de bloc commercial consacré aux minerais critiques, avec l’idée suivante : coordonner des prix plancher entre pays partenaires afin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement. L’Union européenne et le Japon ont annoncé qu’ils participeraient à l’initiative, qui s’inscrit dans la stratégie occidentale visant à réduire la dépendance à la Chine pour des matériaux devenus indispensables aux technologies et à l’IA.
Cette offensive ne sort pas de nulle part. Elle s’intègre à une série de mesures déjà engagées par Washington pour renforcer sa souveraineté d’approvisionnement, notamment le lancement, quelques jours auparavant, du « Projet Vault »: une réserve stratégique de minerais critiques financée à hauteur de 12 milliards de dollars.
Le plan américain : casser le problème au bon endroit (les prix)
L’idée n’est pas seulement de “trouver des mines ailleurs”. Le cœur du sujet, c’est la rentabilité : beaucoup de projets occidentaux ne décollent pas parce qu’ils se retrouvent en concurrence avec des volumes vendus à des prix jugés trop bas pour un acteur qui doit investir lourdement dans l’extraction et surtout la transformation.
Le mécanisme envisagé est donc offensif :
fixer des prix de référence à chaque étape (extraction, raffinage, etc.)
transformer ces références en plancher pour les pays membres
et défendre ce plancher avec des tarifs ajustables
La logique est simple : si vous stabilisez un prix minimum, vous redonnez de la visibilité aux industriels et donc une raison d’investir hors de Chine. Le tout avec une exigence centrale en 2026, la robustesse des entreprises comme KPI à suivre, bien au-delà des effets d’annonce.
Pourquoi ça compte (vraiment) ?
On peut extraire des minerais ailleurs, mais la Chine maîtrise la chaîne de production dans sa globalité, notamment le raffinage et les procédés de transformation chimique/métallurgique qui rendent les matériaux utilisables.
Aujourd’hui, la Chine représente environ 85 à 90 % du raffinage mondial des terres rares. Et c’est précisément là que se joue la bataille. Car si l’extraction peut être répartie entre plusieurs pays (comme l’Australie ou les États-Unis, qui disposent de ressources importantes), la vraie dépendance se situe dans la transformation chimique et métallurgique, c’est-à-dire l’étape qui convertit un minerai brut en matériau réellement exploitable par l’industrie.
Ce qu’il faut surveiller
Les prochains mois seront donc un test grandeur nature pour Washington et ses alliés : il ne suffira plus d’annoncer des stratégies, il faudra les transformer en projets industriels capables de produire, raffiner et sécuriser des volumes significatifs en dehors de la Chine.
En parallèle, un facteur restera déterminant à court terme : les décisions de Pékin sur les licences d’exportation. Selon qu’elles se durcissent ou se desserrent, elles peuvent créer de la stabilité ou déclencher de nouvelles tensions sur les chaînes industrielles mondiales.