Entreprise : et si la robustesse devenait le vrai KPI de 2026 ?
Et si la robustesse devenait le KPI clé de 2026 ? Pourquoi les entreprises la priorisent, comment la mesurer et l’activer vite.
Alexandre Plunian
Pendant des années, la “performance” s’est résumée à trois mots : croissance, marges et efficacité. Le modèle était rationnel, rentable, et largement récompensé par les marchés.
Sauf que le décor a changé. Inflation, instabilité géopolitique, chocs climatiques, tensions sociales, cybermenaces : en 2026, les secousses ne sont plus des exceptions. Elles deviennent la normalité. Et dans un monde où la turbulence est permanente, un nouveau mot s’impose : la robustesse.
Résilience vs robustesse : la nuance qui change tout
On confond souvent la résilience avec la robustesse, mais voici les définitions :
La résilience, c’est la capacité à redémarrer après un choc. On tombe, mais on se relève.
La robustesse, c’est la capacité à continuer à fonctionner pendant le choc. On encaisse, on tient et on avance.
La résilience est indispensable face aux crises majeures, comme par exemple suite au crash Stellantis. Mais si les micro-crises se multiplient (ruptures de stock, hausses des coûts, incidents logistiques, pénuries, tensions réglementaires..), le modèle atteindra ses limites.
La fin de l’ultra-efficacité
L’excellence supply chain s’est longtemps mesurée à l’efficience : moins de stocks, moins de redondance et plus de vitesse. C’est là qu’est né le paradoxe : ce qui maximise la performance en période stable peut devenir une faiblesse en période instable.
Car l’optimisation extrême crée des systèmes instables :
un fournisseur en retard et tout se bloque
une zone géographique sous tension et l’acheminement des matières premières ne se fait plus
👉 La robustesse, elle, accepte des compromis :
stocks tampons sur les composants critiques
double sourcing (au moins 2 fournisseurs sur les produits indispensables)
diversification géographique (production, fournisseurs et clients)
redondance logistique (routes, ports et transporteurs)
capacité à basculer rapidement (plans B prêts, testés et financés)
Un basculement déjà visible chez certains géants
On voit émerger des stratégies qui vont dans ce sens : diversification industrielle, relocalisations partielles et plusieurs fournisseurs pour un même produit.
Certaines entreprises diversifient leur production pour réduire une dépendance géopolitique ; d’autres améliorent la logistique pour réduire les délais et limiter les risques liés aux transports et aux règles commerciales. C’est notamment le cas d’Apple qui diversifie sa production en Inde et au Vietnam pour réduire son exposition géopolitique à la Chine, ou encore d’IKEA qui renforce ses capacités régionales, surtout aux États-Unis.
Autre exemple avec Kering, pour qui la logique de robustesse passe surtout par un contrôle accru de maillons stratégiques via ses métiers “in-house” et des acquisitions industrielles, notamment dans l’eyewear (ex. rachat d’un fabricant italien de verres solaires) pour mieux maîtriser la chaîne de valeur et réduire la dépendance à des fournisseurs externes.
L’idée derrière tout ça est simple : la robustesse devient un avantage compétitif, parce qu’elle protège la capacité à livrer, à maintenir les marges et à rester fiable quand les autres subissent.
Conclusion
La robustesse est en train de changer de statut : de “coût” invisible, elle devient une forme de performance. Pas spectaculaire, mais décisive. Dans un monde où les crises font désormais parties de notre quotidien, il est important d’être robuste.