Vietnam : la bulle crypto éclate et les startups du secteur sont sous la pression
Vietnam : la bulle crypto éclate, les startups du secteur sous pression. Faillites, régulation, funding en chute et risques 2026.
Alexandre Plunian
Pendant des années, le Vietnam a été l’un des marchés les plus étonnants de la planète crypto. Un pays jeune, connecté, porté par une culture gaming et une appétence très forte pour la spéculation, dans une zone grise réglementaire qui laissait le secteur grandir vite… parfois trop vite. Sauf qu’à mesure que le Bitcoin et l’ensemble du marché se sont effondrés depuis l’automne, les portefeuilles ont fondu, la confiance s’est évaporée et l’écosystème local des startups crypto se retrouve désormais en grande difficulté.
Hoang Le, étudiant en informatique à Hanoï, avait réussi à faire grossir son portefeuille crypto jusqu’à 200 000 dollars depuis sa chambre étudiante. Une somme gigantesque au regard du revenu moyen local. Aujourd’hui, il ne lui reste quasiment plus rien.
Un pays devenu pionnier dans un flou juridique assumé
Contrairement à la Chine, qui a choisi l’interdiction, le Vietnam a laissé les cryptomonnaies se développer dans un cadre ambigu : elles ne peuvent pas être utilisées comme moyen de paiement, mais les citoyens restent libres d’en acheter, d’en vendre et de spéculer.
Cette adoption massive a fait naître un véritable “Far West” : beaucoup d’innovations, une énergie entrepreneuriale forte, mais aussi une fragilité structurelle, car un marché dopé par l’euphorie tient surtout tant que les prix montent.
Quand le marché se retourne, ce sont rarement les particuliers qui ont le meilleur timing pour savoir s’il faut acheter du Bitcoin maintenant ou non, et les jeunes investisseurs apprennent de leurs erreurs.
Startups crypto : licenciements, fermetures et plans B en urgence
La correction du marché ne touche pas seulement les portefeuilles : elle frappe l’économie réelle du secteur. Selon le président de l’association blockchain de Hô Chi Minh-Ville, de nombreuses entreprises ont déjà mis la clé sous la porte, tandis que d’autres réduisent leurs effectifs pour prolonger leur survie.
Exemple concret : Ninety Eight a licencié près d’un tiers de son personnel depuis l’an dernier. Son cofondateur ne s’attend pas à un rebond rapide : il suppose que le marché va mettre plusieurs mois, voire plusieurs années avant de repartir.
Lever des fonds devient un parcours du combattant
Côté entrepreneurs, l’argent facile n’existe plus. Selon plusieurs CEO, lever des fonds pour sa startup crypto est devenu bien plus difficile ces derniers mois.
Hier, certains arrivants étaient attirés par des promesses délirantes de haut rendement. Aujourd’hui, ils découvrent qu’ils peuvent aussi tout perdre. Et quand le marché s’effondre, ce n’est pas seulement le prix des tokens qui baisse, mais tous les financements qui disparaissent.
Le paradoxe vietnamien : réguler, mais avec du retard
Au Vietnam, la régulation commence à rattraper le marché. Le gouvernement communiste mené par To Lam a amorcé reprendre en main le marché, qui est aujourd’hui estimé à 100 milliards de dollars. Une loi reconnaissant officiellement les monnaies numériques est entrée en vigueur récemment, mais beaucoup se demandent encore comment elle sera appliquée concrètement, surtout avec les actualités récentes comme Ethereum et ses agents IA.
Hanoï a aussi annoncé un programme pilote de cinq ans pour l’échange de cryptos, censé permettre à des entreprises vietnamiennes d’émettre des actifs numériques. Sur le papier, c’est un pas important, mais dans la pratique, le manque de précision produit l’effet inverse de celui recherché : de nombreuses sociétés préfèrent ne pas s’enregistrer officiellement au Vietnam et déposent leurs dossiers à Singapour ou à Dubaï.