Google (Alphabet) émet une obligation à 6,125% sur 100 ans
Alphabet émet une obligation à 6,125% sur 100 ans. Rendement, risques, profil d’investisseur et ce que ça dit du marché obligataire.
Alexandre Plunian
Une obligation sur 10 ans dans la tech, ça n’arrive (presque) jamais. Et pourtant, début février, Alphabet a frappé fort : après 20 milliards de dollars levés le 9 février sur le marché obligataire américain (en plusieurs tranches allant jusqu’à 2066), le groupe a enchaîné le 10 février avec une émission en livres sterling.
Dans le lot, il y a une échéance qui a surpris tout le monde : 1 milliard de £ sur 100 ans, rémunérée 6,125% brut.
Pourquoi Alphabet emprunte aussi long… et maintenant ?
Le phénomène qui se cache derrière cette obligation, c’est tout simplement l’IA. Alphabet prévoit d’investir entre 175 et 185 milliards de dollars d’investissements en 2026 pour construire ses data centers et ses infrastructures techniques d’intelligence artificielle. Même si le groupe dispose d’une trésorerie massive de 162 milliards de dollars, la part disponible immédiatement est limitée à 23,2 milliards.
Émettre sur 100 ans permet aussi :
de verrouiller un coût de financement très longtemps
de diversifier les investisseurs et les devises (ici, la livre sterling)
et d’envoyer un message : Alphabet (et donc la tech) peut se permettre d’emprunter sur des horizons de temps habituellement réservés aux États
Ce que vous achetez vraiment avec une obligation à 100 ans
Le capital de départ ne sera remboursé qu’à l’échéance donc dans un siècle.
Dans les faits, vous n’êtes pas obligé d’attendre 2126 parce vous pouvez revendre vos obligations sur le marché secondaire. Mais attention, car il y a quelques règles à comprendre :
Le piège n°1 : la valeur peut bouger très violemment
Le prix d’une obligation dépend des taux du marché :
Si demain les taux montent fortement et dépassent les 7 % par exemple alors votre obligation à 6,125% sera moins attractive. Votre obligation perdra de sa valeur donc pour la vendre, vous devrez accepter une décote.
À l’inverse, si les taux baissent jusqu’à 3 % par exemple alors votre obligation à 6,125 % prendra de la valeur et pourra se vendre à un meilleur prix sur le marché secondaire.
Le piège n°2 : pour un Français, il y a la question de la devise
Cette obligation est en livres sterling. Donc même si le coupon est fixe, votre rendement final dépend aussi :
de l’évolution de la paire EUR/GBP
et de ce que vous ferez (conserver, revendre, couvrir ou non le risque de change).
Et le rendement net dans tout ça ?
Le 6,125% proposé est brut. Pour un épargnant français, il faut ensuite penser à la fiscalité. Avec une flat tax à 31,4%, le rendement net passe à 4,20%.
En plus de la fiscalité, le taux de change est à prendre en compte et peut varier d’une année à l’autre, ce qui bouscule donc la place de l’obligation 100 ans d’Alphabet parmi les investissements les plus rentables.
Pour qui l’obligation à 100 ans d’Alphabet a du sens ?
Bien que cette obligation à 6,125 % puisse donner envie aux investisseurs particuliers, elle comporte plusieurs risques :
la variation des taux est imprévisible
la durée est extrême longue
et il existe de meilleures solutions pour s’exposer à l’IA et à Google comme les ETF IA et investir dans ChatGPT
Cependant, cette obligation peut avoir du sens pour :
des investisseurs institutionnels (assureurs et fonds) qui cherchent à percevoir des revenus sur du long terme
des structures patrimoniales (family offices) qui raisonnent en générations
des portefeuilles capables d’absorber de fortes variations de prix sans vendre